Tantôt flaque, tantôt soleil

Salut,

J’y pense depuis quelques jours à revenir au clavier-blog de toujours.

Avant-hier, en balançant les bouteilles d’alcool post-teufs dans la bulle à verre, emmitouflée dans mon manteau rose sous la pluie à deux jours de Noël, j’ai pensé à Bridget Jones. Aujourd’hui, au petit matin du 24, en peignoir tout aussi rose dans mon salon à tapoter sur mon ordi, je ne peux définitivement m’empêcher d’y faire allusion. Bridget, I feel you.

Rose. Tout ne l’est pas, non. Jamais. BoumBamBim. Des petits coups, des chutes, des cassures. Dormir, penser, souffler sur les peines pour les apaiser. Dernièrement, plusieurs personnes m’ont dit des trucs du genre « ça a l’air simple la vie pour toi » ou « on dirait que tu réussis tout ».  I wish but non ce n’est pas facile et oui je me prends des fucking doutes de la mort qui m’anéantissent et me paralysent. Alors voilà, la joie c’est bien mais il y des coulisses derrière les sourires.

Je vous raconte? Allé, je vous raconte. Internet est bourré de filtres shiny, il est bon parfois de les deleter.

Je dois avouer que j’ai une chance immense, c’est celle, d’être débordée par la spontanéité. Foutch, partout, tout le temps. Alors, ça me joue des tours, c’est même parfois presque un handicap, mais ça me sert aussi beaucoup. Quand j’ai envie de faire quelque chose, si sur le coup, j’y crois, je fonce sans me poser trop de questions. Et comme mon cerveau est de temps à autre dans une forme olympique d’idées, j’entreprends plein de projets. J’abandonne certains, je persévère d’autres (l’écriture par exemple, tout a commencé ici sur ce blog il y a quelques années).

J’ai, par contre un réflexe exaspérant: le besoin d’être applaudie, de recevoir un 10/10 ou une caresse d’approbation. Je hais cette facette fillette-en-quête-de-gomette-verte mais je dois bien avouer qu’elle fait partie de moi. Ce trait de caractère du vouloir plaire me fait souffrir autant qu’il me fait avancer. Autant je ne me sens pas comme une merde au moment de me lancer, autant en plein processus l’anéantissement peut débarquer avec vivacité. Si je sens le désintérêt d’autrui, je m’effondre. Enfin, je m’effondrais encore plus avant, j’ai appris un peu à me renforcer mais quand même. D’un ballon brillant et bien gonflé, je me transforme en bout de caoutchouc recroquevillé et sans intérêt.

Dans mon ADN se ballade aussi la mélancolie. De temps à autre. Un romantisme exacerbé, version poète maudit du XIXe. Les tourbillons d’émotions, les tunnels de doutes, l’envie de disparaître de la surface. Ça fait partie de mon game. Pas toujours simple à gérer mais je pense que ça m’a ouvert des portes sur une certaine créativité.

Par contre, j’ai une arme, une force presque magique: des proches brillants, beaux, sensibles, non-jugeants, empathiques, soutenants, boostants, transparents. Franchement, j’en suis émue. Elles et ils sont ma plus grande source de vie. J’oublie parfois de connecter au vrai monde quand je m’enfonce dans le travail et le FAIREFAIREFAIRE. Et puis soudain, je sors la tête de l’eau, et ces amours sincères me submergent. Je trouve ça beau.

Alors voilà, j’ai commencé 2019, avec un trop plein. Ce voyage de Bruxelles à Téhéran, a rempli mon corps de tout, en bien trop grande quantité. J’ai débordé. C’était pas si simple de continuer à flotter, chargée de tant de mémoires, de questionnements aussi. Plein, plein, plein. Est-ce possible de vivre trop? L’urgence d’atterrir.

Et puis, ce soir-là, à Bratislava, les flocons dans la nuit, les larmes en rafale sur mon visage. Comme une boîte ouverte impossible à refermer. Ensuite, la quête pour me délivrer des poids bien cachés et avancer. Petits pas par petits pas. Reprogrammer des outils mal configurés.

J’ai commencé à déconstruire ces injonctions à rester discrète, gentille, polie. J’ai ouvert les yeux sur la domination patriarcale qui écrase, détruit, tue. J’ai effleuré l’idée que j’avais le droit de prendre ma place toute seule, en tant que femme. Qu’en fait c’était acceptable d’être un peu trop sensible, que ce n’était pas grave de me sentir comme une flaque ou comme un soleil, selon l’humeur du ciel au dehors et au dedans. J’ai accepté l’idée que l’amour était extra-ordinaire, que ces histoires racontaient le monde aussi. Les espoirs et les désillusions. La jeunesse qui croit, qui lutte et qui se prend des murs de lucidité. J’ai fermé un peu mon coeur parce que je ne sais pas tout faire en même temps, dessiner un chemin et inviter l’inconnu à marcher dessus. J’ai poussé des portes, commencé de nouvelles collaborations. Tout ça et plein d’autres trucs. J’ai expérimenté aussi.

Je me suis souvenue que ce que j’aime c’est sentir des intensités humaines, écouter et raconter. Que finalement c’est ça qui m’est important.

Sans oublier la lumière, les matins fous-rires et les tomates cerises mais chaque chose en son temps.

Tâtonner, essayer, y croire, foncer, reculer, couler, dormir, continuer, voler. Encore et encore.

2019, année de l’expérimentation. 2020, année de l’accomplissement?

Ouvrir les yeux sur le merveilleux, saisir le beau sans nier le laid et quand l’aigreur envahit le coeur, se blottir et respirer; je vous souhaite tout ça.

Voilà, les coulisses derrière les sourires. Qui tordent parfois l’entre coeur-et-estomac mais qui préparent le terrain pour laisser exploser les joies.