Nous débordons

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. Les images de la honte. L’Europe, l’utopie, la forteresse.  Les larmes qui se coincent dans la gorge de rage. Nous sommes le monstre. Celui qui laisse crever, qui tue, qui se protège, qui ferme les yeux. Le passage de frontière, le privilège des bien nés. L’injustice, l’incompréhension et le rongement de l’inaction.

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. Les accusations se multiplient. Hurler. Pour signifier qu’on existe encore. Qu’on a le droit d’être au monde. Certains se rattachent encore à hier, aveugles du réel. Des générations de violences intégrées dans les corps. Des années de soumission. La parole se libère. La colère monte.

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. Consommer, produire, polluer. Plus rien d’autre n’est possible qu’un changement radical. Être coincés dans nos propres contradictions. Continuer sans observer les signes, sans entendre les cris, sans sentir la catastrophe. L’horreur annoncée, regarder de l’autre côté pour ne pas avoir à affronter.

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. Enfants, le futur était plus ou moins clair. Adultes, le présent est brouillard et l’incertitude totale. Être incapable d’imaginer un autre demain. Voir venir la fin d’un système mais manquer d’horizon pour l’après. Jusque quand, jusqu’où ? Besoin vital de nouveaux récits.

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. Ce nouveau rituel national, tous les matins, la liste des victimes de la menace. Se replier, ce sont les ordres. Installer la peur, de tout, des uns, des autres. Les failles sont des cratères. On peut faire une pause ? Non, c’est trop tard. Notre folie nous emmène de tempête en tempête.

Comment trouver le sommeil du juste ? Quand dehors tout s’effondre. La haine de l’autre. La tendresse comme fil conducteur, fuck it, on t’écrase en une heure. Les sirènes des ambulances résonnent. Les rires se font rare. L’insouciance c’est dépassé. Le dedans qui bouillonne et les bras ballants.

En 1944, Eluard a écrit : « L’aube dissout les monstres ». Aujourd’hui, il semblerait qu’elle n’en ait plus la force. Nous débordons.