Armistice et pensées d’un drôle d’automne

C’est le 11 novembre. C’est jour férié. Je me suis levée à 4h du matin. Ça m’arrive des fois. Je suis une fille de l’aurore.

Aïe, je me sens bien désemparée en ce 111eme anniversaire d’armistice.

Est-ce que c’est le confinement, le brouillard, les injustices sociales, les débats stériles sur les réseaux, le bruit des camions poubelles, le bordel autour de mon lit, l’excès de houmous, les idées d’articles, l’incertitude, l’envie de tout et de rien ? Je ne sais pas.

En vrai, ça va. La vérité. Je me débrouille. Je suis bien correc’. J’ai un bel appartement, un compagnon génial, un travail qui m’épanouit, qui me fait réfléchir et prendre du recul. Je suis au quotidien en contact avec des gens que je trouve brillants et intéressants. Je reçois beaucoup de marques de tendresse, de sympathie, de reconnaissance, de soutien. Je me nourris de savoirs et de légumes bio. J’apprécie les bonjours dans la rue, et suis devenue une experte du sourire d’yeux au-dessus du masque. J’ai la chance et le privilège financier de pouvoir faire un travail thérapeutique sur mes émotions absolument passionnant et épanouissant. Je rigole au moins une fois par jour, je ne compte pas pour l’amour et l’ennui ne fait absolument pas partie de ma vie.

Alors c’est quoi le stress Jeje ?

Je ne sais pas.

Tout le reste. Les oublié.e.s dont l’histoire ne sera pas entendue, les files devant les collectes de colis alimentaires, les regards tristes, le mec qui n’a d’autre choix que de chier entre deux voitures, les infos en continu, la peur qui s’installe pour de bon dans nos vies, les sirènes des ambulances, les règles partout-tout-le-temps-pout-tout, la distance qui devient réelle, les rituels familiaux qui ne sont plus, ce type qui pense tout savoir et qui passe son temps à expliquer que selon lui par A + B c’est comme ça et pas autrement, les fake news, les discriminations dans tous les sens, la difficulté de porter un message d’espoir à celles et ceux qui n’en ont plus, les bulles-barrières entre réalités socio-économiques, l’impression de tunnel, l’inévitable lâcher-prise, l’impossibilité de se projeter, la désillusion.

Et le reste.

Mais en vrai, moi, ça va. La vérité. Mais à force de voir le beau comme le laid, c’est pas simple de juste « aller ».

Du coup, je fouille, j’écoute, je lis. Je me réveille à 4h pour écrire, proposer les sujets qui me sont venus dans la nuit, confronter les idées, ouvrir 42 onglets, allonger la liste des sources, creuser, creuser, creuser. Les écrans, plein, toujours plus. Et la capacité d’attention qui chute, tandis que cerveau jumpe d’une idée à une autre. PimPamPoum.

Poum. Sombrer dans ses bras. Se lover. Oublier un instant que dehors, c’est pas simple. Puis, il y a les feuilles couleur or, les enfants qui rigolent en courant derrière les chiens, et les fleurs qui mènent leur vie de fleurs. Ça fait du bien, le cœur.

Voilà, c’est confus, c’est fouillis, c’est la vie.

J’espère que vous ça va entre les hauts et les bas, les crises du dehors et du dedans, le collectif et l’individuel. Entre, les remous, les mains tendues qu’on ne peut plus tendre et les révoltes retenues.

Je vous envoie des bises, des pulls doux et des tisanes aux messages culculs.

Et à propos de l’illu :

Le dessin vient du site de Cécile Gariepy qui propose des illustrations à colorier. Mettre des couleurs, c’est chouette.